Biographie > Absynthe Minded

Sur la photo de pochette, un cliché pris dans la rue, on voit des enfants qui rient, des passants qui déambulent. Un tableau urbain et convivial, à l’image du cinquième album d’Absynthe Minded : « Je voulais écrire des chansons qui parlent à tout le monde… » affirme Bert Ostyn, le leader chanteur de ce quintet belge aussi singulier qu’immédiatement familier. Dès les premières mesures de « Space », le single qui ouvre l’album, on retrouve ces gouttelettes de piano, ces guitares boisées, ce violon agile, ce doux folk pop à la fois lyrique et  intime qui a fait, depuis une dizaine d’années, la griffe de ces troubadours de Gand. On sait, depuis Arno, Deus, Ghinzu ou Zita Swoon, que la scène belge est aussi riche que diverse. Si Absynthe Minded en est sans conteste l’un des groupes les plus populaires, dont le succès s’est élargi au fil du temps à de nombreux pays européens, il demeure aussi l’un des plus originaux. On n’a pas oublié des chansons comme « My heroics part 1 » ou « Envoi » qui ont forgé il y a quelques années la réputation d’un groupe qui n’hésite pas à mélanger jazz et musique klezmer, blues et rock, avec une constance discrète et une douceur virtuose à la séduction instantanée.

Qu’il est loin le temps où Bert Ostyn, baladin solitaire nourri aux chansons de Nick Drake, Bob Dylan ou Neil Young, enregistrait dans sa chambre une première démo de quelques morceaux. Formé en 1999, Absynthe Minded, patronyme en forme de jeu de mots hommage à la boisson culte des artistes d’antan et à un état d’esprit rêveur (« absent minded »), n’a jamais changé depuis. Aux côtés de Bert, l’émouvant vocaliste aux arpèges de guitare aériens, Renaud, Jan, Sergej et Jakob ont complété une formation dont les sonorités résolument acoustiques se sont peu à peu étoffées de claviers électroniques. De « Sweet Oblivion », en 2002, jusqu’à l’album éponyme il y a trois ans, Absynthe Minded a promené sa musique des clubs les plus intimes aux plus grands festivals avec une passion jamais émoussée.


« As it ever was », comme cela a toujours été. Tel est le titre de ce nouvel album qui, de l’aveu même de ses auteurs, risque d’en surprendre plus d’un. Enregistré au studio de la Frette, une grande maison à quelques encablures du centre de Paris, sous la houlette du producteur canadien Adam Samuels (connu en particulier pour ses nombreuses collaborations avec Daniel Lanois), le disque a bénéficié d’une atmosphère chaleureuse et d’un aréopage d’instruments vintage : en particulier un antique mellotron et surtout un rare piano Bösendorfer datant de 1901, dont on peut distinguer les accords voluptueux au gré des morceaux. 

Douze chansons qui, toutes, ont une histoire. Ainsi, « As it ever was » qui donne son titre à l’album, a été inspirée par un artiste qui a créé de ses mains un magnifique jardin en plein cœur d’un quartier sinistré de Bruxelles. Comme dit Bert, « pour écrire, je m’inspire de la vie, de ce que j’observe autour de moi ». La vie, avec ses hauts et ses bas, ses joies, ses déboires, ses dangers, mais aussi ses espoirs, c’est le thème principal de cet album aux accents universels. 

Ainsi « Space », dont le clip vidéo a été tourné au Brésil, à Sao Paulo, évoque la quête d’amour et de reconnaissance, le besoin de se voir offrir une seconde chance. « End of the line », en forme d’introspection, s’interroge sur la façon d’évoluer, de devenir meilleur ;  « 24 7 » (7 jours sur 7, 24 heures sur 24) évoque les instants où l’on se sent impuissant et dépassé, et « Picture in a frame », la nostalgie de l’enfance. 

Mais rien à voir avec un disque noir : des titres comme « How short the time », sur les amours faciles, « Little rascal » ou « You will be mine », chansons d’amour affectueuses et coquines, « Fighting against time » ou « Get around » parlent surtout du moment présent et de la façon d’en jouir le mieux possible. 

Avec ce nouvel album, sans doute le meilleur de sa déjà riche carrière, Absynthe Minded prouve une fois de plus qu’il est l’un des groupes européens les plus mélodiques, subtils et attachants de la décennie. As it ever was, comme ça a toujours été. Et plus que jamais.


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